Opinion

Opinion

Le “miracle ivoirien”, un modèle pour la République Démocratique du Congo ?

Comment un petit pays de l’Afrique de l’Ouest, la Cote d’Ivoire, 322.000 Km2,  22 millions d’Habitants, est-il devenu le grenier de toute une sous-région? Pourquoi la RDC, du reste dotée de ressources immenses peine-t-elle à nourrir à sassiété sa population ? Alors qu’elle pourrait bénéficier du soutien institutionnel, technique et financier des institutions comme de la Banque Africaine de Développement, BAD, à travers le point deux de son programme ‘’FEEDING AFRICA’’.

 

Le développement ivoirien n’a rien d’un miracle, mais plutôt le résultat d’un effort planifié et d’une organisation où l’Etat joue un rôle important”, écrivait Abdoulaye  Sawadogo, ancien ministre de l’agriculture du président Felix Houphouët Boigny. Il parlait, d’ailleurs, de la ‘croissance à la japonaise” pour qualifier le boom économique engendré par les meilleures politiques agricoles du leadership ivoirien des les années 60-70.

Une tradition qui continue en dépit des moments difficiles, rebellions, crise postélectorales vécues entre 2001 et 2011.

La Cote d’Ivoire détient, à elle seule, 40% des parts sociales a la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest, BCEAO. Un record, lorsqu’on sait que les douze autres membres se contentent de 60% soit en moyenne 4% par pays. Résultat, le gouverneur de cette institution (autorité monétaire sous-régionale) est de droit un ivoirien. La CI accorde à l’agriculture 6 à 7% du budget national.

Un leadership intelligent

Bien que le sous-sol ivoirien soit nanti en diamant et bien d’autres métaux précieux comme bon nombre de pays africains, mais aussi de pétrole, l’élite du pays n’a pas voulu verser dans la tentation de la facilité. Le pays a fait le choix d’une économie basée essentiellement sur l’agriculture.

La Côte d’Ivoire est un pays essentiellement agricole qui assume pleinement ce statut. Qui en Côte d’Ivoire n’a jamais entendu la célèbre boutade : « Le succès de ce pays repose sur l’agriculture ! » ? Slogan diffusé des années durant, par la Radio Télévision Ivoirienne (RTI) en fin de programme ? Quelle est donc la place de ce secteur dans le développement de la Côte d’Ivoire, qui est du reste considéré par les observateurs comme la locomotive de l’économie de la sous-région Ouest Africaine ? N’est-ce pas un bel exemple pour la République Démocratique de Congo qui dispose d’immenses potentialités aussi bien naturelles, humaines que technologiques pour faire de l’agriculture son cheval de bataille en ayant pour objectif non seulement de nourrir les Congolais, mais aussi ses voisins et au-delà ?Adopter une politique agricole agressive n’aidera-t-il pas ce pays à juguler les nombreux problèmes qui  le mine à savoir le chômage, la fin, la guerre à n’en point finir vue que ce secteur peut générer des milliers et des milliers d’emplois quand on sait que l’oisiveté est la source de tous les maux.

La nature  au service de la performance agricole

La Côte d’Ivoire compte trois types de végétations que sont la forêt, la savane arborée et la savane herbeuse. Cette variété de végétations avec un climat adapté à chacune d’entre elles, offre la possibilité de diversifier son agriculture en développant certaines cultures dans certaines régions plutôt que dans d’autres.

Ainsi, trouve-t-on par exemple l’hévéa, l’ananas, la banane, le palmier à huile ainsi que le cacao le café dans les zones forestières et humides,  même si le café peut se cultiver aussi dans les régions de savane du centre. Le coton, l’igname, le sorgho, le mil ainsi que l’anacarde sont quant à eux, développés dans les régions de savane aussi bien herbeuse qu’arborées.

La Côte d’Ivoire dispose aussi d’un littoral qui favorise l’écoulement de ses produits vers d’autres ports aussi bien africains qu’occidentaux et autres.

Le facteur humain, un autre atout

A ces facteurs qu’on qualifie de naturels, il  faut ajouter d’autres, que sont les facteurs humains. En effet, La population ivoirienne est un atout majeur pour son ’agriculture. Avec une croissance annuelle de 3,5%, cette population constituée en majorité de jeunes (55%) de moins de 20 ans, est une main d’œuvre inégalable et inépuisable, si on y ajoute celle des pays voisins comme le Burkina Faso.

De plus en plus qualifiée cette main d’œuvre constitue en même temps un vaste marché de consommation de cette même agriculture. Notons, que de plus en plus de jeunes diplômés se tournent vers les activités agricoles. Certains fonctionnaires  et autres travailleurs de la ville ont désormais leur plantation soit d’hévéa, soit de cacao soit de produits vivriers. Mais tout ceci n’aurait été possible sans une volonté politique forte des dirigeants de ce pays.

La politique agricole en question

La volonté des dirigeants ivoiriens de faire de l’agriculture le levier le plus important  de leur économie s’est affichée dès les premières années de l’indépendance voire même avant. En effet, dès les premiers contacts de ce pays avec le colonisateur, les cultures de rente telles que le café, le cacao et le caoutchouc et le palmier à huile vont y être introduites. C’est donc cette politique qui sera poursuivie par les premiers dirigeants de ce pays qui vont continuer à encourager le développement du secteur agricoles par la création de plusieurs structures soit de recherches, soit d’encadrement.

En effet, en plus des structures comme la Société d’Assistance Technique pour la Modernisation de l’Agriculture en Côte d’Ivoire (SATMACI) en 1958, la Côte d’Ivoire va se doter d’Instituts de recherches dont le plus célèbre est l’Institut de Recherches sur les Huiles et Oléagineux (IRHO). ¨Par ailleurs, il y aura la création des Société d’Etats qu’on a appelé les « SODE ». Ainsi, vont naitre au fil du temps, la Société pour le Développement du Palmier à Huile (SODEPALM), la Société pour le Développement du Riz (SODERIZ), la Société pour le Développement des Fruits et Légumes (SODEFEL) etc. Toutes ces structures ont pour rôle l’aménagement des terrains, la production des semences et autres plants, l’encadrement des agriculteurs, l’organisation des achats et la transformation dans bien des cas.

Le développement agricole ivoirien pour ainsi dire repose sur une méthodologie qui consiste à assigner des objectifs au monde rural dans le cadre d’une planification nationale. On y voit plus une implication de l’administration au sens large du terme qui crée des sociétés d’économie mixte parfois ou l’Etat a sa main et des compétences élargies. Ces sociétés reçoivent des dotations nécessaires à l’exécution des projets. Ces sociétés travaillent avec des instituts de recherches pour plus de performance et de conformité en termes de qualité, d’où la réussite qui lui laisse une place de choix dans l’économie ivoirienne.

Le miracle ivoirien

Ainsi, en l’espace de 15 ans (1960-1975), ce pays connaitra, un développement, un boom économique que d’aucuns ont qualifié à tort ou à raison, de « miracle ivoirien », et que le ministre de l’agriculture d’alors, Abdoulaye Sawadogo a appelé «  la croissance à la japonaise ». Il dira d’ailleurs dans un article paru dans les numéros 415 et 416 du bulletin des Géographes Français, Que « le développement ivoirien n’a rien d’un miracle mais plutôt le résultat d’un effort planifié et d’une organisation où l’Etat joue un rôle important ».

Se souciant aussi du bien-être des planteurs mais aussi celui de la population ivoirienne, l’Etat de Côte d’Ivoire  a non seulement mis en place un ensemble de structures bancaires spécialisées telles que la Banque Nationale pour le Développement Agricole (BNDA), et la Caisse Autonome d’Amortissement (CAA) mais aussi une structure pour assurer le prix minimum garanti aux producteurs. Son but est d’une part de permettre aux producteurs de vivre convenablement  bon an mal an, des fruits de leurs efforts. Cette politique a permis à l’Etat de constituer un fonds de financement des œuvres d’intérêt publique pour tous les ivoiriens telles que les écoles et Universités, les routes et ponts, ainsi que des hôpitaux et autres centres de santé.

La continuité dans les efforts

Ces efforts seront maintenus à niveau jusqu’en 1990 par la création de nombreux programmes et projets. Par exemple, Jusqu’en 1985, les plans quinquennaux généraux fixaient, entre autre, les grandes orientations agricoles, mais les Plans d’ajustement structurels (PAS) ont remis en cause cette approche dans la décennie 90, et l’État s’est peu à peu retiré de la gestion du monde agricole, au profit du secteur privé.

Mais bien que parti, l’Etat de Côte d’Ivoire n’était vraiment pas absent dans le  secteur agricole puisque déjà en 1992 tirant les leçons de l’échec des Programmes d’Ajustement Structurel, la Côte d’Ivoire va élaborer ce qu’il est convenu d’appeler le Plan Directeur du Développement Agricole (PPDA) sur la période de 1992 à 1995 qui donne les grandes orientations du secteur agricole, et visait  l’amélioration de la compétitivité ; l’autosuffisance et la sécurité alimentaire ; diversification poussée des productions agricoles ; développement des pêches maritimes, lagunaires et continentales ; réhabilitation du patrimoine forestier. Ce plan faisait partie d’un plan global de relance économique et de lutte contre la pauvreté.

Au plan organique, nous avons noté l’adoption  de la loi sur les coopératives (1997), celle loi portant domaine foncier rural (1998) ; et par ailleurs la création d’un fonds de développement agricole (2001).

Ces dernières années, malgré la crise économique et les crises politiques successives en Côte d’Ivoire avec leurs corolaires de changement de régime, la politique agricole est toujours une préoccupation de premier ordre pour  ses dirigeants. Dès 2000 la filière sera libéralisée par les permettant ainsi la création  des très controversés  Fonds de régulation et de contrôle café-cacao (FRCC), Bourse du café et du cacao (BCC), Autorité de régulation du café et du cacao (ARCC) et le Fonds de développement et de promotion des activités des producteurs de café et de cacao (FDPCC) pour ne citer que ces derniers toujours avec les mêmes objectif, dynamiser et rendre compétitive la filière agricole ivoirienne.

Aujourd’hui encore, l’agriculture est plus que jamais au centre des préoccupations des nouvelles autorités ivoiriennes. Seuls les noms des structures et la politique de gestion changent. Quant aux objectifs, ils restent les mêmes, à savoir soutenir le développement économique, créer des emplois et assurer l’autosuffisance alimentaire.

La place de l’agriculture dans l’économie ivoirienne

Quelques chiffres et statistiques nous situent rapidement sur l’ampleur de l’agriculture dans l’économie ivoirienne. En effet,  l’agriculture  est le plus grand pourvoyeur d’emploi soit environ 70% de la population active ainsi que des milliers d’immigrés notamment de nationalité burkinabè.

En plus d’assurer plus 33% du produit intérieur brut (PIB) l’agriculture ivoirienne assure aussi le PNB de l’ordre de 30%. Elle  constitue les 2/3 des recettes du pays et se pose comme  le levier le plus important de l’industrie et du commerce. D’ailleurs, les 70% des exportations ivoiriennes sont des produits agricoles. La Côte d’Ivoire est depuis toujours le premier producteur Mondial de Cacao (40%°), et pendant 30 ans,  3ème producteur de café même si pour ce dernier produit, le Brésil, le Nicaragua et l’Ouganda et autres pays d’Amérique australe  lui ont ravi cette place ces dernières années. Notons par ailleurs que la part réservée à l’agriculture dans le budget de national oscille entre 6 et à 7 %. Notons que l’objectif du Gouvernement DUNCAN est de porter ce taux à 10% selon ses engagements de Maputo. Il dira d’ailleurs à l’ouverture de la 29ème  régional de la FAO pour l’Afrique en 2016 qu’ « avec ses performances réalisées au cours des quatre dernières années, la Côte d'Ivoire devient incontestablement une puissance agricole ». Kablan Duncan est aussi convaincu que « La transformation de nos systèmes agroalimentaires sur notre continent, ne peut être durable et efficace qu'avec l'implication d'un secteur privé fort, dans le développement agricole de nos pays. Cependant, les États doivent accompagner nécessairement le privé dans le démarrage d'un tissu agro-industriel au niveau de chaque pays, en prenant en charge certains investissements de base, et amorcer ainsi les premiers tissus du dispositif économique. Il s'agira alors d'assurer une cohérence et une complémentarité des interventions, aussi bien privées que publiques, de manière à répondre efficacement aux besoins de développement de nos populations. Les interventions publiques cibleront la mise en place d'infrastructures de production, de commercialisation et de conditionnement. On peut parler dans ce cas d'agropoles ou de zones franches »

La Côte d’Ivoire un oasis dans le désert ?

La Côte d’Ivoire pendant ses 15 première années d’indépendance a connu un boom économique qui a fait parler de « miracle ivoirien ». Elle va ensuite connaitre des moments difficiles dus à la détérioration des termes de l’échange sur le marché mondiale relativement aux deux produits leaders que sont le café et le cacao. Ces difficultés seront sérieusement aggravées depuis 1990 par les crises politiques à répétions qui se sont aggravées en 2002 par le coup d’état militaires  et la crise post électorale en 2011.

Malgré cela, elle reste un poids économique, la locomotive de la sous région ouest africaine dont elle représente 39% de la masse monétaire sans oublier qu’elle contribue à hauteur de 32% au Produit Intérieur Brut de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine(UEMOA) si nous nous en tenons aux statistiques de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest en 2013.

Comme on le voit, ce petit pays d’Afrique de l’Ouest, qui couvre une superficie de 322 362 Kilomètres carrés et à peine 22 000 000 d’habitant a pu atteindre un degré de développement grâce principalement à l’agriculture, en travaillant la terre car comme on le dit là-bas, « La terre ne trahit pas celui qui la met en valeur  ».

Cet adage, les filles et les fils de ce pays en ont fait leur. Et ceci avec la bénédiction des autorités compétentes qui les appuient, les organisent, les soutiennent, les orientent. On dit d’ailleurs d’elle que la Côte d’Ivoire est le grenier de l’Afrique de l’Ouest.

Vivement que son exemple inspire d’autres pays, notamment la République Démocratique du Congo (RDC) qui dispose de conditions humaines et naturelles encore plus favorables que la Côte d’Ivoire. Encore qu’elle pourra bénéficier du soutien institutionnel, technique et financier certainement de la part d’organismes internationaux ou régionaux, notamment la Banque Africaine de Développement à travers le point 2 de son programme intitulé FEEDING AFRICA dont le cadre global est le point intitulé « Agenda pour transformer l’Agriculture en Afrique » qui vise quatre objectifs à savoir : Contribuer à mettre fin à la Pauvreté, mettre fin à la faim et à la malnutrition, faire de l’Afrique un exportateur net de nourriture et permettre à l’Afrique d’être au top des exportateurs des chaînes de valeurs là elle a un avantage comparatif.

 

Commentaires

Écrire un commentaire
  1. Pas encore de commentaire

Écrire un commentaire

Vos données seront sûres! Votre adresse email ne sera pas publiée. De même, d'autres données ne seront pas partagées avec une tierce personne.